La faiblesse blesse

Il y a des liens inébranlables,
Des réseaux de sang que rien ne peut briser.
Il y a des jours inoubliables,
Je me souviens de celui-ci,
A Paris,
Lorsque tu m'apprenais être frappé
D'une maladie vicieuse, je me suis enfui
Cacher mes larmes et frapper de colère
Le carrelage des murs, et ces cadres de verre.
J'ai craché ce jour-là toute ma haine
Envers un Dieu auquel je n'avais jamais cru,
Le défiant à mains nues
L'insultant de noms obscènes.
Je me souviens m'être dressé, vomissant sur la Vie,
La traitant de lâche et de perfide saloperie.
S'attaquer ainsi à un homme qui a trimé tant d'années,
Affaibli par son âge et son travail acharné.
Je me souviens avoir craché ces mots;
"Tu t'attaques à mon père, aux plus faibles, à ceux qui courbent le dos.
Laisse-les donc en paix et viens t'attaquer à un adversaire plus gros!!"
Bombant le torse, poings serrés,
Prêts à frapper, prêt à cogner,
Je défiais cette putain de ma petite hauteur d'Homme,
De fils enragé que la raison abandonne,
De voir ainsi son père
Frappé par derrière.
J'étais un jeune lion sorti de ses gongs,
Animé de haine et de violents démons.
J'aurais voulu foutre la raclée à cette Vie,
La frapper, à m'écrouler dans mon sang, 
Pour avoir osé toucher aujourd'hui
L'un des miens, ce père que j'aime tant.
J'avais cette rage animale et instinctive
Prédateur, le corps durci d'invectives
Il n'y avait plus dans mes yeux
Qu'une noire colère
Le reflet sanguinaire,
Du courroux d'une âme en feu
"Viens! Approche donc! Tu veux de la souffrance?!
Attaque-toi à moi! Je t'en donnerai à outrance!
Je te promets une riposte à ta mesure,
Je te promets ma haine sans censure,
Je te promets toute celle du monde
Jusqu'à ce que je tombe."
Ainsi, moi, petit Homme enfermé
Je crachais au visage de la Vie
Toute la colère et le mépris
Qu'un fils hurle et crie
Pour son père malmené.
Je n'étais rien d'autre que cela,
Triste figure, pathétique combat,
Frappant des spectres que j'étais seul à voir,
Et à vouloir assassiner, par désespoir.

Fendre le carrelage n'a jamais servi à rien contre la Vie.
Pas un seul éclat ne l'écorchera. C'est ainsi.
On est là comme un fauve en cage, se sentant la force d'abattre des murs entiers
Mais on s'écroule l'instant d'après,
Réalisant qu'il y a des pages qu'on ne peut pas arracher.
Pourtant, quel curieux paradoxe d'avoir dans ses veines
Ce sentiment de sur-puissance quand on est en peine.

Aujourd'hui avec quelques années de plus,
Je regarde malgré moi cet opus,
Comme un type qui croit avoir gagné en sagesse,
Mais qui se goure,
Parce qu'il ressent toujours,
De ce jeune fauve frappant le carrelage, la faiblesse.

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@Trappe d'Elise

Phantom's Origins

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