Mort subite

J'avais pour habitude de me rendre sur les toits de l'Opéra,
Lorsque le coeur, par lassitude aspirait au silence et au froid.
Ce soir je n'y suis pas parvenu.
Mon coeur se tue.
Une douleur intense envahit mes bras et bloque mon souffle.
Je me retiens à la petite rambarde tout là-haut, que les muses camouflent.
Mais la douleur me fait courber l'échine et me retrouve à genoux
Sur un escalier de métal. Je suis devenu vieux,
Je suis devenu fou,
Je me suis fait bien mal, je suis tombé.
Tombé amoureux.
De cet amour-là je ne me suis jamais relevé.
Cet amour-là était pour toi mais tu l'as jeté.
On peut mourir d'amour. Le coeur se brise, les battements s'estompent puis s'éteignent.
Ils sont d'abord forts et rapides, puis deviennent,
Irréguliers,
Espacés.
Je n'atteindrai pas le toit ce soir, alors je m'assois sur ces marches, maladroit,
Ah! il est beau le Fantôme de l'Opéra...
Incapable de monter là-haut, pris de vertiges et de douleurs.
Le vent me glace les os, l'air fige mes poumons et mon malheur.
Il faut que je redescende dans mes caves, vite.
Mon coeur ne bat pas sa mesure, il l'évite.
Dans mes jambes et mes mains s'enfoncent des petites aiguilles dans ma chaire.
Je redescends avec toutes les difficultés du monde, retrouver le parterre.
Je me heurte aux murs, me retiens aux bras des statues,
J'y vois mal, je n'y vois presque plus.
Tout va trop vite, bon sang... Mon souffle, mon coeur, mes gestes.
Mes muscles s'affaiblissent, je glisse sur le marbre et je peste!
Les genoux heurtent le sol. J'ai chaud, j'ai froid, je ne sais plus.
Les plafonds byzantins tournent comme des carrousels emportant les statues,
J'entends des rires tout autour, j'entends des cris,
J'entends cette musique qui court, je vais finir ici.
Impossible de me relever,
Me voilà à quatre pattes sur une mer de marbre ciré.
Il faut que je me relève, il le faut.
Un amer goût de métal irrite mon palais.
Des petites gouttes rouge tombent sur mes mots,
En petites perles échappées d'un collier.
Je parviens cahin-caha dans la Rotonde, laissant derrière moi des flaques rouge.
Me hisse au pan d'un miroir, actionne le contre-poids, tout bouge.
Projeté de l'autre côté du mur, dans la poussière et la nuit.
Le lac est cinq niveaux en-dessous, mon instinct m'y conduit.
Jamais le trajet ne m'a paru aussi long et fastidieux.
Mes poumons se déchirent, mon sang est fiévreux,
La chaleur des souterrains est insupportable. Je retire ma veste,
Desserre le col de ma chemise. Je suis trempé, encore une fois je peste!
Trois pas, je m'arrête. Quatre, je m'effondre.
Si je croise un machiniste ce soir, je mourrai dans son ombre.
Avancer, seul mot que je garde à l'esprit.
Mais mes yeux se voilent, tout devient gris.
Je m'arrête, retire ce masque que je ne supporte plus.
Me guide aux sons sur les voûtes, à mon "la" disparu.
L'architecture de ce monument, je la connais comme personne.
J'ai oeuvré à sa construction, aussi je sais comment il résonne.
Je reconnais la tessiture du troisième sous-sol, ce joli timbre de flûte,
Celle du quatrième, qui chante en clé d'ut,
Enfin, celle du cinquième si particulière,
Quand le son vient frapper la nappe funéraire,
Noires eaux en berne,
Mon Lac Averne.
Mon bras gauche soudain me lance, je ne peux plus faire un pas.
Mon coeur déraille, bat n'importe quoi, il va...
Il s'arrête.
Je m'enlise.
Il répète,
J'agonise.
Ma tête heurte une pierre. Comment ai-je pu plier ainsi?
Tomber à genoux, face à la Mort, je souris.
Moi qui l'ai toujours défiée, cette canaille,
Il fallait bien un jour que je m'en aille!
Ainsi je pars bêtement, frappé en plein coeur, frappé derrière la tête, aveugle et sale.
J'imaginais une mort plus... lyrique. A l'Opéra un soir de bal.
Ainsi je meurs à quelques mètres de ma porte, à quelques mètres de ma vie.
Le sang a rempli ma bouche, trop tard pour se battre. C'est fini.
J'ignore le temps qui s'écoule alors,
Je ne vois plus d'or, que les souvenirs morts
D'une vie passée dans les remords.
Avec eux, la musique chante une dernière fois .
Les accords parfaits que j'entendais dans ta voix.
Il y a dans mes affaires, des lettres que je ne t'ai jamais envoyées.
Il y a dans mes affaires, des musiques que je ne t'ai jamais données.
Il y avait dans mon coeur un Amour à contenir l'Empire du monde,
Mais j'ai du me contenter d'une tombe...

J'aurais voulu que tu me pardonnes
J'aurais voulu qu'on se parle
J'aurais voulu te revoir,
J'aurais voulu te dire,
Que cet amour,
C'était
Pour
Toi.

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@Trappe d'Elise

Phantom's Origins

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